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Mon actualité d'auteur, mes textes, mes coups de coeur, mes coups de gueule, tout ce que j'aurai plaisir à vous faire partager !

Colours !

Colours

Un après-midi familial paisible. Sylvia et ses filles papotent autour d’une tasse de thé, les enfants font la sieste, les gendres et le grand-père suivent un match télévisé. Sylvia, qui est récemment tombée dans le délicieux enfer des jeux d’écriture, tente, sans grand espoir, de sonder son entourage à propos du prochain.

– Si je vous dis : 1987 jaune, ça vous évoque quoi ?

Des remarques teintées d’humour fusent depuis le canapé.

  • 1987, c’est une chouette chanson de Calogéro...Il me semble l’avoir vu chanter en pull bouton d’or.
  • 1987, débuts des travaux du tunnel sous la Manche… et le responsable riait jaune parce que ça démarrait mal !
  • 1987, lancement de la chaîne M6, avec une émission spéciale Jaune Travolta…
  • Janvier 1987, fin de la grève des cheminots, peut-être grâce à un noyau de jaunes !

Vient le tour des filles :

  • Iza : 1987, j’entre au lycée et je me lie avec Sophie et Valérie, super copines avec qui je suis toujours en relation.

– Lydie : j’entre en 6ème, rencontre Aurélie, on ne se quitte plus jusqu’à la fac.

Seul papy n’a pas réagi et Gérald, féru de ce genre de plaisanteries éculées, ne rate pas l’occasion d’en placer une :

  • C’est le petit blanc qu’on a bu à midi. Marc est un peu gris. Ça va très bien avec son polo jaune.

Mais papy ne dort pas, il écoute, un sourire au coin des lèvres.

Dans l’esprit de Sylvia, ce jeu de couleurs a fait jaillir l’inspiration. Elle sait que le même souvenir a resurgi dans l’esprit de son mari. Elle l’apostrophe, mutine :

  • 1987, jaune, Marc, ça ne te dit rien ?
  • Oh que si ! Mais tu meurs d’envie de la raconter cette histoire, je te laisse ce plaisir.
  • Les filles, vous étiez tout près de la vérité. 1987, papa et moi obtenons notre mutation après des mois d’exil normand et retrouvons votre mamie, vos tantes, oncles, cousins, cousines.
  • Raconte encore maman !

 

1987, année bénie entre toutes en dépit d’une recherche d’appartement qui a failli tourner au vinaigre. En août nous sommes venus passer dix jours chez ma mère en quête d’un logis pour la rentrée. Nous avons contacté une foule d’agences immobilières, parcouru des kilomètres du nord au sud de la ville : trop petit, pas d’ascenseur, trop cher, trop isolé, déjà loué. Déjà loué, le motif le plus souvent avancé par le propriétaire après un coup d’œil à Marc.

Un samedi caniculaire, après sept ou huit visites, les pieds douloureux, épuisés, nous avons honoré notre dernier rendez-vous. À notre coup de sonnette, une porte s’est ouverte sur un petit homme rondouillard aux yeux bridés qui nous a salués d’une dizaine de courbettes. M. Ming, glissant sur ses chaussons, nous a précédés pour la visite de l’appartement. Un vrai bijou : cuisine équipée, salle de bains avec miroirs géants, trois chambres spacieuses, une terrasse, un salon salle à manger qui aurait pu servir de salle de bal. « Tout refait à neuf », a nasillé M. Ming. C’était une évidence. Nous lui en avons fait compliment, nous sommes enquis du coût du loyer.

  • Ça nous convient tout a fait, a dit Marc, avec un soupir de soulagement. Alors, on le signe ce bail ?
  • Pas possible, a chuchoté M. Ming…
  • Pas possible ? Le cri de Marc a dû résonner jusque dans la rue. Vous nous promenez dans les lieux, vous nous les faites admirer et pour finir, vous ne voulez pas de nous comme locataires ? Qu’est-ce qui vous gêne ? J’ai l’habitude, pourtant, mais je croyais être tombé sur un type intelligent. Vous ne louez pas aux Noirs, pas aux Blancs non plus ? Vous ne louez qu’aux Jaunes ? Il fallait le dire tout de suite. On s’en va, on vous laisse entre Jaunes.

 

Mme Ming avait rejoint son mari et souriait.

  • M. Ming est un grand timide et un grand maladroit. Ce qui n’est pas possible, c’est de vous louer l’appartement avant le  1er septembre parce que nous avons promis d’héberger un cousin jusqu’à la fin du mois d’août.

Marc s’est confondu en excuses, M. Ming aussi, c’était à celui qui ferait le plus assaut de politesses. La soirée s’est terminée devant un thé citron agrémenté de pâtisseries chinoises.

 

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